Pour une souveraineté économique corrélative à notre performance sociale
Alors que le sujet de la reconquête de la souveraineté de nos outils et de nos productions nationales est sur toutes les lèvres, nous avons jugé important de nous pencher dans ce nouveau numéro du Lien syndical sur ce qui fait la souveraineté de nos métiers et au-delà de leur richesse et de nos savoir-faire. Au sein du numérique, la porosité des champs géographiques est extrême, et c’est également le cas de la plupart de nos technologies, IA en tête. Accenture vient, par exemple, de subordonner les promotions de ses salariés à l’utilisation des outils d’intelligence artificielle. Devant les difficultés de productions rencontrées par nos entreprises et en vue de soutenir la souveraineté industrielle de la France, la CFTC a participé fin janvier au lancement de l’Alliance du fabriqué en France (AFF) aux côtés de la CPME, de plusieurs entrepreneurs et partenaires sociaux. Il s’agit de trouver des solutions pour conserver la création en France, qui va créer en moyenne trois fois plus d’emplois que ce qui sera acheté à l’extérieur, en agissant, par exemple, sur la commande publique, la coordination des acteurs européens, l’exigence sur les critères techniques et la formation.
La souveraineté passe aussi par les technologies que nous maîtrisons et pour lesquelles nous sommes formés ; celles utilisées dans le secteur des télécommunications se succèdent par vagues et nous avions déjà eu l’occasion de soulever la question des reconversions de nos collègues mal ou peu pensées auprès de Cédric O, alors Secrétaire d’État chargé du Numérique. Que dire également de la captation de nos données par les grandes firmes numériques extra-européennes et des nombreuses fuites de données et des cyberattaques, dont les services publics et les entreprises font les frais (dernièrement à La Poste et chez France Travail) ?
Quant au secteur de l’audiovisuel et de la presse, nous devons nous inquiéter de l’accélération de la concentration des médias et de la domination croissante des grandes plateformes numériques, qui captent une part majeure des contenus et des revenus publicitaires grâce à nos données. Les supports numériques, au détriment de l’investigation, entretiennent l’illusion d’une information gratuite et accessible à tous. Les lois, notamment celle de 1986, ne sont plus adaptées : l’aide à la presse doit être repensée, les droits voisins et la charte éthique renforcés, tout comme le rôle de l’ARCOM. Déjà dans les années 1980, Edgar Morin évoquait le « nuage informationnel », anticipant les dérives actuelles (affaiblissement de la qualité de l’information et perte du professionnalisme). Aujourd’hui, la surabondance d’informations, la désinformation et la fragilisation financière des médias publics et privés posent de graves enjeux démocratiques. Il est nécessaire de protéger des journalistes toujours plus contraints, de lutter contre la précarisation des jeunes professionnels ; dont 40 % quittent le métier après sept ans ; et de subordonner les aides aux progrès sociaux et éditoriaux.
Limiter notre vulnérabilité et dépasser le court-termisme imposé par les marchés est devenu une urgence. Même les géants du numérique, pourtant porteurs d’emplois, sont touchés par des plans sociaux, comme Capgemini. Malgré nos actions sur les Comités d’Entreprises Européens, la consultation reste incomplète ; comme l’illustre le cas de Verizon ; et le dialogue social demeure fragilisé au cœur des rapports de pouvoir.
Parallèlement aux enjeux de souveraineté, nous soutenons la Journée internationale du droit des femmes du 8 mars, qui réaffirme l’égalité dans le monde du travail. Nous continuerons à défendre la directive sur la transparence salariale, enjeu majeur de nos normes sociales. La simplification ne doit pas devenir un simplisme synonyme de recul social. À la CFTC, nous affirmons que performance économique et performance sociale sont indissociables.









